Réveil matinal.
Feux des bois.
Ossatures vierges.
Courbes arrêtées, majestueuses contorsions et ivresses de la nuit.
Fluide courant, courants des mers qui emportent des mésanges tranquilles et grouillent dans
un mouvement torride de tourbillon marin, comme un flamenco de robes noires.
Douceurs du printemps, danses dans les villages et vols de sorcières en
haillons.
Apreté, énervement et roses calmant les émotions et les gestes froids.
Les flèches du jour dans le crachin des rives à l’intérieur d’un brouillard très
compact.
Chant d’une hirondelle qui passera la première.
Chant d’un cormoran que l’on voit dans son vol qui effleure les côtes.
Cri de celui-ci, maîtrise de l’espace et agilité qu’on voit dans ses yeux
perçants.
Azur reposant ou cri d’amour.
Baisers stricts, accouplement des oiseaux volages, ardeurs de deux militaires pleurant leur
chez eux.
Pleurs bienheureux, trouvailles de génie, espaces s’embrassant, petits cœurs marchant dans
l’herbe sereine.
Danses tournantes aux nuages.
Hirondelles déroulant une plage immense en étirant leur baiser qui est le baiser unique,
jalousé des colombes et des hommes.
Danses impétueuses.
Feux violets.
Mouvements saccadés comme des arcades et des croisées d’ogives.
Pointes ivres, secousses de lits, matelas dessinant des courbes, explosions simultanées et
orages superbes.
Foudre gigotant dans son ciel et clignotant aux yeux du rêve d’un enfant.
Valses effrénées et tournant dans les roches, côtoyant les falaises et jouant avec les
abîmes.
S’enrouler l’un sur l’autre comme deux colimaçons dans une molle torpeur.
S’effleurer comme des aiguilles qui se frottent, se chatouillent et percent des ballons de
baudruche.
Se battre comme des chiffonniers qui tâchent leurs habits d’encre d’encriers.
Danser frénétiquement et sans dessein particulier, à la fraîche.
Voir s’exhiber les hérons à l’embouchure d’un long et large fleuve.
Des scouts crient dans la forêt et, plus loin, des enfants à la peau blanche et satinée
dorment dans l’anti-guerre et l’anti-bruit.
Pas la campagne !
La trace des anges dans le ciel.
Pas les arbres !
Le feu tournant des broussailles et des danseurs.
Pas les danses !
Les fées électriques qui gazouillent dans le chant des oiseaux.
Pas mes traces sur le petit coteau où s’érige le fouillis divin des jolies
fougères !
La douceur des saisons que j’enlace dans les filets bleus du trampoline où l’enfant saute,
ivre de rires et de sourires.
Pas l’oiseau, non pas l’oiseau !
Juste le petit baiser que je porte à ton cœur excité.
Détour par le Mexique.
Les coups de pistolets fusent et les « caramba » sont jetés en l’air dans les cris
et les accords de guitares aux voix inextinguibles.
Le soleil chante et les sombreros courent pour le rejoindre.
Agaves d’enfer, cactus mélodieux.
Chant des fleurs et du soleil a l’unisson dans le ciel bleu !
« caramba » et toutes ces chaleurs qui nous reviennent et nous atteignent en plein
cœur.
Mouches virevoltantes, moustiques zigzagueurs et grains de beauté sur le visage des femmes à
la peau tannée et en sueur dans la ruelle à coté d’un saloon du vieux Mexique !
Détour par le souvenir de la campagne.
Il y avait toujours une jolie pendule sur le mur de la cuisine.
Nous avions tous un arbre sous lequel nous allions, un banc où il faisait bon discuter dans
les jours gris de l’ennui ou bleus de nos chaudes ardeurs.
La pensée était l’ennemi à abattre, la sauvagerie l’étoile à suivre à tout
prix.
Les étoiles tournaient en torrides volutes et il n’existait personne d’autre que nous-même
pieds et poings liés à notre bêtise et à nos fugitifs bonheurs !
O ces terribles lueurs passagères qu’on tenait dans nos mains et qui étaient l’oubli de la
jeunesse.
Ne jamais se lasser de notre métier.
Etreindre les répétitions corps et âmes.
Faire revivre en les ouvrant les étoiles-yeux silencieux ou peindre le triomphe de la
mort.
Etreindre un amour âgé de mille ans.
A un beau chat ne succède t-il pas un autre chat aussi beau que le
premier ?
Variations hallucinées aux couleurs encore vives.
Répéter les illusions pour sombrer, enfarinés de rêves, dans les inconnus.
Et voir encore cette vagues qui, dessinant ses superbes flots et sa belle écume, vient
caresser le rivage toujours frais de nos pensées.
Je vais bâtir un empire sur tes côtes.
Dresser une cathédrale sur tes reins.
Pleurer sur les étoiles, me faire tout petit et m’asseoir dans tes courbes.
M’amuser et jouer sur la statue de mer de ton énorme corps dans laquelle j’aime à
patauger.
Soupirer dans les blessures et les cris qui m’enivrent comme des feux que le vent fait
grandir.
Et faire naître les rivages toujours neufs de ta chair.
Et m’évanouir en fondant en larmes.
Et pleurer sans honte sur tes épaules.
Et me redresser, ébahi, en écoutant tes rires.
Et surmonter les angoisses en faisant gonfler mon ventre et en respirant très
fort !
Essaim noir d’abeilles dans les rochers et la pierre.
Désolation du python accroché à l’arbre.
Sereines blancheurs au matin mât et qui descendent en lambeaux dans un casque effarouché de
jeune soldat.
Rêve de nuit, tortures disparues.
Ce sont des bleuets que je vois là dans la campagne, les bleuets du jour.
Enragé des torpeurs, diable lointain, où vont tes grimaces ?
« Au jour » répondit le bourreau.
« A l’anti-liberté, donc. »
Cercles de feux devenant fleurs.
« C’est plus beau comme ça, ange. »
Et les autres dès lors dormaient dans le venin et l’ardeur.
Lointain comme à l’eau prise, désertant dans les faux-fuyants et dans les esthétiques
intérieures qui se libèrent loin des cœurs, un fluide vole jusqu’à la houle qui pique.
Les roseaux s’immolent et l’étang cri dans les fées qui germent sur les côtes.
« Océan seul, puis-je te voir ? te caresser ? j’aspire à ta blanche
clarté. »
Des harmonies divines tombent sur les niaiseries et les souvenirs décrépis.
Le futur semble en marche.
« Rive, viens me traverser, berce moi de souvenirs. »
Comme un lait maternel, la rive fit couler son eau à ma bouche.
Oh là ! pas de courage chez ces gens sans deniers.
La rassurante églogue est dans le noir et elle y brille puisque ma couleur secrète y
remonte.
J’affaisse le monde.
De dessous les rochers sortent les insectes.
« Je suis votre servant »
Et je levais ma tête où je vis d’autres insectes dans le ciel.
La nuit était claire en effet.
Nos organes gisaient là-haut qui se faisaient ruches et fourmilières.
Les insectes devinrent yeux d’enfants, et les étoiles aussi.
Et quand nous rigolions tous ensemble, les insectes attaquaient les hommes.
Creux des rêves, enfonçures des mots les plus vivifiants.
La poésie revêt ce soir des corps de femmes qui veulent caresser des joues
d’enfants.
« Se servir d’eux plutôt, voulez-vous dire », me dit une voix.
En effet, les galets bleus volaient jusqu’au sable jaune.
Le pointillisme naissait dans ce sable et il était question d’une « après-midi à la
Grande Jatte » et d’enfants trempant leurs pieds dans l’eau.
Enfants sages et bien vivants la nuit, diables agités le jour.
Et là, la confiance renaît.
Là, maintenant, en ce moment.
Des rives abandonnées sont assiégées par d’autres rives plein d’entrain.
Des arbres esseulés sont rejoints par des fougères égayées de vins de nuit bus derrière les
buissons.
Ma marche s’entiche d’une mer enivrée et festive, heureuse de mille feux.
Le ciel fait claquer ses cymbales.
La roche inaugure son concert, revêtu d’un chapeau noir de magicien.
Cavalcade des oiseaux qui paient leur entrée pour aller voir le cirque maritime qui
s’annonce.
Cavalcade les lapins qui s’assoient dans l’herbe pour écouter le chant dans la forêt
sombre.
Des bras m’atteignaient et me prenaient avec eux pour m’envoyer aux ardeurs d’un soir beau
comme les astres.
Les sirènes de la nuit ?
Elles m’attendaient dans leur caverne où les bijoux brillaient, où le raisin et le vin
coulaient.
Tous les enfants d’Afrique étaient déjà là.
Inutile de dire que je me sentais de trop.
Pourtant, on m’invita à bras ouverts.
Tout communiait.
Les langages se faisaient à la fois contes et mythologies.
Les enfants ne revêtaient-ils pas les sirènes en les parant de colliers
chatoyants ?
Les sirènes ne nourrissaient-elles pas les petits noirs à la peau fraîche et au ventre bien
nourri, dans ce pays ?
Et ce fut la vieille sorcière de la tribu qui me fit prendre place dans cette nouvelle
famille où l’on célébrait la mer des sirènes, la corne de l’Afrique et ma mythologie d’une Europe nouvelle et complètement astrale.
Mythologie, contes avec les fées et les sirènes, famille d’Afrique, peut-on rêver une
caverne plus solaire ?
Alors que Zeus et Apollon rugissaient en chants aux hauteurs étoilées, la sorcière créait
son décor : une fumée envahissait l’endroit et des tribus dansaient rythmant la musique des dieux de la vieille Europe.
Un déluge de couleurs d’habits splendides et
des robes portées par des femmes d’anciens harems roulaient dans la fumée, tandis que les sirènes étaient en manque de marins et désireuses de jouer des airs gais aux cordes de la harpe qui
refermait la caverne.
Et derrière celle-ci, les fonds marins étaient paisibles, comme pour cacher l’ardeur secrète
de la grotte aux merveilles.
Et un peu plus haut, la mer plate bordant la corne de l’Afrique avec les flots hurlant
sûrement l’histoire humaine de ce continent.
Et un peu plus loin, la ville, le monde, le bruit puis plus rien.
La nuit sauvage et ses arbalètes qui pleuvent dans les faisceaux du volcan.
« Pourquoi as-tu écris ça ? » me demande une voix que je m’imagine et qui se
plie à mes ordres.
« C’est obligatoire. Il y a des vendanges pour l’avenir comme des phrases pour chaque
été. »
Je te vois parfois, Amour, dans le drap noir des nuits.
« Sérénité », me dis-tu.
« Pour nous, insouciances, rêveries, causeries de l’âme, danseuses enchanteresses, ânes
rigolos, eaux rieuses, vergers fous et adorant les fruits si bons et si sucrés qu’ils ne mangent pourtant pas mais qu’ils nous donnent en tout cas à nous qui les recueillons dans notre bouche où
on voit une autre nuit. »
Aux fleurs bleues qui s’annoncent, il est parfois des âmes seules et veuves qui soupirent
dans la nuit.
Elles ne se rappellent de rien.
Derrière elles, l’immense mer. Devant elles, l’immense mer.
Au dessus d’elles, les cieux nocturnes aux étoiles dorées.
Il nous faut ramener de là-bas des voiles blanches et des drapeaux sereins.
Si la mer ajoute ses faits et gestes à l’astre, un accouplement folâtre en
résultera.
Des gaietés peuplées de langueurs –
Mais je commence à vous sentir, grossièretés que j’aimerai éternelles, écrasements que je
voudrai plus impérieux.
Je sens que ma torche vibre toujours dans le feu d’un inconnu plus destructeur et d’un futur
plus paisible (accouplement folâtre vous disais-je !).